Je viens de remplir ma"déclaration de situation mensuelle" sur le site du Pôle Emploi ce qui n'est pas une mince affaire avec ma petite secrétaire particulière qui aime décidément beaucoup mon bureau. Du haut de ses deux mois et quelques 300 gr, c'est un immense terrain de jeux avec des trombones, des clefs USB, une boite perlée qui vient d'Afrique, un appareil photo dans une chaussette d'avion, des coquillages recueillis à Sanibel et Captiva... plus des timbres au chocolat, un reste de concrete au patchouli, du baume du tigre, des vieilles piles dont je ne sais plus si elles sont usées, des rubans Chanel et Christofle. Susie manie tout cela de ses pattes blanches comme des hockeyeurs font glisser le palet de leur crosse et atterrit sur le clavier. Et quand elle s'est bien cachée dans les livres de la bibliothèque, quand elle a grimpé d'un tiroir à un sac jusqu'à mes épaules, elle s'endort épuisée, les coussinets contre ma jugulaire, micro-fauve inventé pour me donner le plaisir de caresser un tigre comme a dit... Confucius ? Victor Hugo ?
Moi, c'est Susie. Comme Susie Q. Paquita hésite encore : elle m'appelle aussi Peggy Sue... Une chose est sûre, je m'amuse énormément dans cette nouvelle maison. Après ma petite cage de la clinique vétérinaire, c'est un vrai palace avec des piles de livres par terre, des fils électriques, des lacets de chaussures. Mieux que les montagnes russes de Coney Island ! Et quand j'ai fait la folle, je tombe de fatigue n'importe où. Dans la main de Paquita si possible, et elle n'ose plus bouger. Elle m'enveloppe d'une écharpe rose en mohair parce que je ne suis qu'un bébé. C'est top ! Si je me débrouille bien, elle continuera quand je serai adulte. La nuit, je dors dans son lit et je lui lèche le nez. D'accord, quand je fais ça, elle me met en sandwich entre la couverture et le boutis, ce qui est à peu près le summum de sa sévérité. Je n'ai pas fini de rire, c'est moi qui vous le dis !
le gyrotonic, une machine très étrange avec des poulies, des harnais, des manivelles qui ressemble à... rien ! Si elle n'était en bois clair, joliment polie à la scandinave, on pourrait l'imaginer dans une officine de l'Inquisition, prête à faire avouer quelque crime majeur à qui l'enfourcherait. "J'ai mangé une tartine avant d'aller communier et j'ai aimé cela !!!"Mais quoi de plus rassurant que la caution nordique ? L'innocence faite chevalet de torture. Mieux même, quelqu'un a inventé ce surprenant instrument pour nous faire du bien. Il permet en effet de pratiquer des exercices qui se rapprochent de la natation, mais hors de l'eau ! De l'aquagym au sec. Même amplitude des mouvements, même douceur, même travail sur la souplesse et l'harmonie, mêmes courbatures le soir et le lendemain. Une minuscule et délicate Japonaise m'a initiée hier, toute surprise par l'amplitude de mes mouvements -non je ne suis pas taillée pour être une geisha !- qui m'ont donné une extraordinaire impression de liberté et une agréable fatigue. Si, comme je le crois, je ne me retrouve pas bloquée avec un lumbago atroce dans les jours qui viennent, j'essaierai de panacher mon pilates de ces séances de natation aérienne.
Parmi les poncifs préférés chez les acteurs, il y a le mythe de Molière si-désespéré-sous-le-rire- factice-du-clown. D'ailleurs j'exècre les clowns.Quand j'étais petite ils me terrorisaient et depuis, ils m'horripilent avec leur prétention à appréhender le désespoir inhérent à la condition humaine et son absurdité. Vous savez les comiques, en fait, ils sont tristes. Et les clowns sont nos plus grands philosophes. Quoi de plus magnifiquement grinçant que Michel Serrault dans La Cage aux Folles ? De plus poignant que Dany Boon, le postier amoureux d'une fleur, dans Bienvenu chez les Ch'tis ? Aaah le rire du "petit" écrasé par le destin, le grand capital, l'autobus !Ce sont les affiches d'un film sur les colonnes Morris qui ont déclenché ma ire : Rose et Noir, de et avec Gérard Jugnot. Il est là en barboteuse louis-quatorzième, le maquillage blanc avec deux confetti roses sur les joues et son merveilleux regard lourd de cocker maudit sous le khôl de l'artiste pour qui the show must go on. Peut-être se meurt-il ? Peut-être est-il cocu ? Peut-être les deux à la fois, sans parler de son basset artésien qui perd ses poils, de son marcel qui gratte et de la propriétaire qui réclame ses sous... Mais on s'en fout ! Qu'il meurt sur scène s'il trouve ça beau et intéressant. Ce n'est pas parce que, de Molière, on a pris la mort et les cornes que l'on a le talent. Le plus terrible est que rares sont les comiques qui ne se croient pas obligés de faire ce détour par la case "Je souffre donc je suis" et "j'ai un cœur gros-comme-ça" à réserver en priorité aux émissions de Patrick Sébastien, le chantre de l'échangisme métaphysique sous le rire du gras-qui-tache. Et tellement généreux avec ça ! Beurk !
Enquêtes tous azimuts autour de l'élégance, qui débouchent sur l'hygiène, le soin, l'attention et c'est juste consternant.Un spécialiste de la mode me déclare que ce qu'il retient de plus fort après quarante ans de ce métier est la saleté des Français : hommes politiques et hommes d'affaires aux plus hauts niveaux ne sont que rarement "soignés". "Ongles sales, cols et poignets de chemise pas nets, dents douteuses, cravates où l'on peut lire le menu de midi... ou d'avant-hier !" Sans parler des vestes mal taillées aux manches trop courtes, des chaussures pas entretenues, ni des pantalons trop longs. Ce qui n'arrive jamais aux Etats-Unis, au Japon et en Italie.Hier, j'interroge un orthodontiste et il se lance dans le récit effroyable de dentitions en désordre, de plaque dentaire, de tartre teinté au thé, à la nicotine, au vin et l'haleine de rat qui va avec ! Chez des grands patrons, PDG de multinationales. Alors oui, les soins dentaires c'est chiant, douloureux, cher, dans le sens que l'on veut, par ordre des priorités de chacun mais la base de toute cette crasse est dans le manque d'éducation dès la maternelle. On trouve fascinant de donner aux enfants des cours d'anglais -"le petit Louis est to-ta-le-ment bilingue!"- mais l'hygiène minimale, on s'en fout. La preuve ? Il faut apprendre aux gens à se laver les mains, leur expliquer que c'est essentiel pour ne pas transmettre les gastro-entérites et la fameuse H1N1 ! C'est du moins ce que m'ont dit des épidémiologistes :"si vous arrivez à faire comprendre aux lecteurs qu'il FAUT se laver les mains, on aura déjà fait un gros progrès". Pasteur, reviens ! Demain je vous parle des toilettes de TGV déjà sales au premier départ du matin de Paris !
La journée avait commencé au château à s'extasier sur 640 espèces de tomates différentes : aaah la Green Zebra de Tom Wagner, grand accoucheur de solanacées sous le soleil ! Les noires, les bleues, les énormes, les microscopiques... un monde fascinant qui mènent directement à celui des pommes de terre et même aux dahlias dont je ne peux que penser que le principal intérêt est la violence des couleurs qui les rendent perceptibles aux vieilles personnes. Le dahlia n'est pas noir malgré ce que les amateurs de polars s'imaginent, c'est surtout jaune à faire grincer des dents, orange Seventies et pourpre, avec des pétales sans douceur ni velouté, drus et raides comme un balai de chiottes. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, on peut en grignoter les racines (rhizome ou tubercule, that is the question !). Arrivée à 10h30, à 12h30 j'envoyai des SMS comme autant de bouteilles à la mer pour que l'on me sauve de ce potager ravissant dont la visite suivait celles d'œuvres d'art conceptuelles sur l'écologie, pas toutes moches mais plutôt convenues : vous savez les emballages en PET (polyéthylène téréphtalate) compactés, entourés d'un bolduc façon cadeau de l'humanité à la nature ? C'est sûr, tout le monde est d'accord et je sens bien que cette réflexion va quelque peu obérer (sublime verbe que seuls les Africains emploient encore avec naturel) ma réputation mais une vingtaine du même tonneau, c'est comme les tomates, on les adore mais... Donc retour à la capitale après ce bol d'air pur et ces sous-bois couvert de cyclamens sauvages, et le soir, cap sur La Courneuve pour Manu Chao à la fête de l'Huma, pas celle qui encombre la nature avec son PET (ou si !). On a failli se faire piétiner par une foule que personne n'avait prévue : manque de bus, de service d'ordre et abus de barrières, grilles et goulots d'étranglement. Marsupilami Chao était en forme avec ses musiciens. J'ai entendu et chanté mes airs préférés, c'était top, jusqu'au moment où l'affluence est devenue telle que j'ai été poussée, portée, agrippée dans une sorte de flux irrésistible, trop-plein se déversant par une entrée bien trop étroite. Dans l'instant je me suis écrit plusieurs nécrologies rapides genre "incendie du Bazar de la Charité", "effondrement de la scène au Macumba de Palavas" et finalement je me suis retrouvée dans la fête de l'Huma, la vraie avec des orchestres qui jouaient de la samba, de la salsa... j'ai raté le musette, mais le faux Gilberto Gil sous la tente de Choisy-le-Roi était parfait et le Compay Segundo des 50 ans de la révolution cubaine aussi ! Je ne parlerai du retour en RER que lorsque je m'en serai remise !
Journée sous le signe de la tomate : sablé à la tomate, gougère à la tomate, sorbet à la tomate, saumon à la tomate, chocolat à la tomate...
Non, je ne deviens pas obsessionnelle, je reviens du château de la Bourdaisière, le conservatoire de la tomate du (très charmant, et c'est vrai en plus) Louis-Albert de Broglie, peut-être pas Louis-Albert, toute cette tomate m'a grippée les synapses, bref le bien connu "Prince Jardinier". Bien connu des lectrices de magazines féminins chics. Madame Figaro, première époque, celle de Marie-Claire Pauwells, fille de son père, remplacée par une improbable superstructure (enfin super, c'est un grand mot) sur fuck-me-shoes, couronnée d'une choucroute prise dans l'ouragan Katrina. Du temps où nous jardinions encore en Hermès et nous adorions les vestes autrichiennes. Je me moque mais c'est tellement pire depuis, que j'en viendrais presque à m'offrir les œuvres complètes des Triplés en souvenir. C'était niais. C'est devenu vulgaire, du vieux Cosmo regurgité pour Neuilly. C'est dans les vieux Cosmos qu'on fait les meilleurs "sexo-tests" : Bombe ou éteignoir, quelle amante êtes-vous ? Bref, je m'égare : la tomate me monte au cervelet et me ronge. Il faisait beau, j'ai rencontré une bande de femmes géniales -oui je dis "femmes", il me semble avoir passé l'âge, et elles aussi, de dire "filles"- et ce soir, grand écart, je vais à la fête de l'Huma pour écouter Manu Chao.
Elle est pas belle la vie ?